Dialogue d'un ancien marxiste-léniniste marocain avec son neveu, cinquante années plus tard
Une conversation entre générations sur la mémoire, l'histoire et la complexité du Maroc contemporain
Tahar Hakim est le fils de ma sœur, Lalla Khadija Fekkak Benchekroun, une Marocaine dont je suis fier d'être le frère. Son nom ramène dans ma mémoire le parfum de l'enfance, les ombres de la maison familiale.
Elle m'avait élevé, tout petit, avant qu'elle ne se marie avec Ssi Thami Benchekroun, jeune signataire de la Pétition d'Indépendance, ce qui l'avait exposé à l'exil de Fès à Oued Zem, en 1947. Le Maroc vibrait déjà du tumulte de son destin.
Tahar Hakim est le cadet de cette fratrie courageuse, aux côtés de son frère aîné Khalil Benchekroun, militant du Syndicat National des Lycéens : 1972-1973-1974.
Lorsque je fus arrêté en février 1975, Tahar Hakim n'avait que quatorze ans. Fragile adolescent, ses yeux avaient entrevu la brutalité de ces années sans encore en saisir l'ossature implacable.
Aujourd'hui, il est devenu professeur, guide d'étudiants et directeur de thèses dans une grande université parisienne. Nous n'avons jamais rompu le fil : nos échanges n'ont cessé d'être nourris, denses, charriant littérature, philosophie, histoire, mais aussi cette tendresse simple des liens de sang.
C'est à lui que je m'adresse, dans ce récit. Ses questions sont celles d'un héritier de mémoire, d'un chercheur épris de rigueur, et mes réponses ne sont rien d'autre que la restitution nue de mon cheminement. Ainsi se tisse progressivement notre dialogue — enquête affective, transmission historique, introspection partagée.
Oncle Rachid, durant la vie et après la mort du Roi Hassan II, des avalanches incessantes de critiques et d'accusations se sont abattues sur lui, sur les membres de sa famille, sur sa vie publique comme privée, et même sur ses enfants — en particulier le Prince Héritier, Sidi Mohammed. Toi qui fus son opposant radical, comment as-tu vécu ce déferlement ?
Je m'en souviens avec précision. À peine le Roi disparu, le 23 juillet 1999, des dizaines de livres, d'articles et d'interviews s'abattirent sur sa mémoire. Pendant près de deux décennies, la presse écrite comme les médias audiovisuels multiplièrent analyses et jugements sur ce monarque tiers-mondiste que l'on considérait pourtant, à juste titre, parmi les grandes figures politiques et intellectuelles de son temps, au Maroc comme sur la scène internationale.
Mais la plupart de ces écrits, souvent incendiaires, ne se contentaient pas d'interroger son règne : ils condamnaient avec virulence, parfois avec calomnie, l'homme, sa famille et son entourage. On lui imputa tous les maux d'une société marocaine encore marquée par des siècles de retard, de fractures coloniales et de stagnations : les déséquilibres sociaux, les tares d'un État en construction, les difficultés d'un pays qui sortait à peine du joug franco-espagnol. Tout, absolument tout, fut mis sur ses épaules, que ce soit durant ses années d'Héritier du Trône ou après son intronisation, à la mort de son père Mohammed V.
Et aujourd'hui encore, comme une braise que l'on attise, une sournoise rumeur politique continue d'alimenter la diabolisation du personnage. Des clichés et des préjugés, nourris par l'ignorance, le présentent comme l'unique responsable des désastres du pays : le retard économique, les inégalités éducatives, la précarité, l'injustice, la corruption, la falsification électorale, la criminalité, l'effondrement de la pensée humaniste et le recul de la rationalité au profit du fanatisme religieux et de l'obscurantisme. Jusqu'à l'échec de l'Éducation nationale, tout lui fut attribué.
Dans ce récit binaire, simpliste, il ne restait plus que le lexique infamant : celui des « années de plomb », résumé en une formule réductrice, « régime absolutiste, sanglant et réactionnaire », comme si cet homme portait, à lui seul, le poids et la responsabilité de tout un siècle et demi — depuis son arrière-grand-père Moulay Abderrahmane — de stagnation sociale, d'étouffements et de guerres d'usure au Sud, au Nord et au Centre du pays, menées par les puissances expansionnistes coloniales : françaises (guerre de destruction de la Chaouia en 1907-1908 et sa capitale Casablanca), espagnoles (guerre du Nord en 1903, dans le Rif oriental, avec l'appui de Zerhouni-Bou Hmara), germaniques (bombardement d'Agadir en 1911), sans oublier les séquelles structurelles de cette destruction planifiée.
Rachid Fekkak
Ancien Prisonnier Politique
حوار بين ماركسي-لينيني مغربي سابق وابن أخته بعد خمسين سنة
الطاهر حكيم، هو ابن أختي، لالة خديجة فكّاك بنشقرون، المغربية التي أفتخر أن أكون أخاها. اسمها يعيد إلى ذاكرتي عطر الطفولة وظلال البيت العائلي.
هي التي ربّتني صغيرًا، قبل أن تتزوج من سيّ التهامي بشقرون، الشاب الذي وقّع على عريضة الاستقلال، مما عرّضه للنفي من فاس إلى وادي زم سنة 1947. كان المغرب آنذاك يهتزّ بوقع مصيره.
كان حكيم أصغر هذه الأسرة الشجاعة، إلى جانب أخيه الأكبر خليل بشقرون، المناضل في النقابة الوطنية للتلاميذ.
عندما اعتُقلت في فبراير 1975، لم يكن حكيم قد تجاوز الرابعة عشرة من عمره. مراهق هشّ، لمحت عيناه قسوة تلك السنوات من دون أن يدرك بنيتها القاسية. اليوم صار أستاذًا، يوجّه الطلبة ويشرف على أطروحات الدكتوراه في إحدى الجامعات الكبرى بباريس. لم ينقطع خيطنا قط: ظلّت مراسلاتنا متواصلة، عميقة، تحمل الأدب والفلسفة والتاريخ، ومعها دفء القرابة وحنان الدم.
في هذا السرد، أسئلته هي أسئلة وارث للذاكرة، وباحث عاشق للصرامة، واجوبتي ليست سوى إعادة تقديم صافية لمساري الشائك. هكذا يتشكّل تدريجيًا حوارنا.
الخال رشيد، خلال حياة الملك الحسن الثاني وبعد وفاته، انهالت عليه سيول من الانتقادات والاتهامات، طالت أسرته وحياته العامة والخاصة، بل حتى أبناءه — وخاصة ولي العهد، سيدي محمد. وأنت الذي كنت من معارضيه الراديكاليين، كيف عشتَ هذا السيل الجارف؟
أتذكر ذلك بدقّة. فما إن غاب الملك، يوم 23 يوليو 1999، حتى انهالت على ذكراه عشرات الكتب والمقالات والمقابلات. وعلى مدى عقدين تقريباً، لم تتوقف الصحافة المكتوبة والوسائط السمعية البصرية عن الإكثار من التحليلات والأحكام حول هذا الملك "العالمثالثي" الذي كان يُعتبر، عن حق، واحداً من أبرز الشخصيات السياسية والفكرية في زمنه، في المغرب وعلى الساحة الدولية.
لكن معظم هذه الكتابات، التي كثيراً ما كانت لاذعة، لم تقتصر على مساءلة حكمه، بل كانت تدينه بحدّة، وأحياناً بتشهير، هو وأسرته ومحيطه. حُمِّلت على كاهله كل علل المجتمع المغربي الذي كان لا يزال مثقلاً بقرون من التأخر، والانقسامات الاستعمارية، والركود. نُسبت إليه الاختلالات الاجتماعية، عجز الدولة الناشئة، وصعوبات بلد بالكاد خرج من نير الاستعمار الفرنسي–الإسباني. كل شيء، وبالمطلق، وُضع على عاتقه، سواء في سنواته كوليّ للعهد أو بعد اعتلائه العرش إثر وفاة والده محمد الخامس.
وحتى اليوم، مثل جمرةٍ يُنفخ فيها، ما تزال إشاعة سياسية ماكرة تغذّي شيطنة شخصيته. كليشيهات وأحكام مسبقة، تتغذى من الجهل، تقدمه كالمسؤول الوحيد عن كوارث البلاد: التخلف الاقتصادي، التفاوت التعليمي، الهشاشة، الظلم، الفساد، تزوير الانتخابات، الجريمة، انهيار الفكر الإنساني وتراجع العقلانية لصالح التعصب الديني والظلامية. حتى فشل منظومة التربية الوطنية، كل شيء نُسب إليه.
رشيد فكاك
معتقل سياسي سابق