Préface : Pourquoi écrire aujourd'hui mon autobiographie
Un témoignage personnel au service de la mémoire collective
Écrire sur soi, ce n'est jamais écrire seulement sur soi. C'est inscrire une vie, avec ses douleurs et ses espoirs, dans la trame invisible d'un peuple et d'une époque.
Mon autobiographie ne prétend pas livrer des vérités absolues, mais témoigner d'un chemin parcouru au milieu des secousses, des rêves et des tragédies qui ont marqué le Maroc contemporain.
Car la mémoire est un champ fragile. Quand elle se tait, d'autres voix s'élèvent pour la travestir. Quand elle hésite, des discours se glissent dans ses interstices pour l'empoisonner. Quand elle abdique, c'est le terrain rêvé des rumeurs, des préjugés et des manipulations.
Les défis persistants
Les défis qui se posaient hier demeurent, sous des formes différentes mais tout aussi corrosives :
- Les fractures politiques et sociales, nourries par l'opportunisme et la corruption
- Le parasitage des projets de développement et l'érosion des valeurs de transparence et de rectitude
- L'inachèvement d'un véritable État social, capable d'unir justice, équité et efficacité
- L'instrumentalisation idéologique, médiatique et géopolitique par des adversaires externes cherchant à fragiliser le Royaume du Maroc
Voilà pourquoi, aujourd'hui plus que jamais, je sens l'urgence de parler, de transmettre, de mettre des mots clairs sur ce que nous avons vécu, mes camarades, moi-même et d'autres compatriotes de ma génération des années 60-70-80-90 du siècle dernier.
Le contexte historique
Depuis l'indépendance, notre pays n'a cessé d'avancer entre ombres et lumières, entre volonté de modernité et pesanteurs héritées, entre construction patiente et vents de déstabilisation. Et à chaque étape, comme une lame de fond, se sont levées des forces qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, ont tenté de faire chanceler l'édifice :
- Les blocages vitaux des secteurs publics, paralysés par les luttes de clans et l'absence de transparence
- L'émergence de nouvelles franges bourgeoises, avides de pouvoir, prêtes à sacrifier l'intérêt général sur l'autel de leur enrichissement
- Et, toujours, le jeu géopolitique, où les volontés d'ingérence et les projets de déstabilisation du Maroc en Afrique et dans le monde n'ont jamais cessé
Les campagnes de déstabilisation
Aujourd'hui encore, comme hier, des campagnes médiatiques cherchent à miner la confiance du peuple en ses institutions. Le journal Le Monde, fer de lance d'un certain discours français, n'est pas à son premier forfait : sous des airs d'objectivité journalistique, il distille insinuations, amalgames et récits biaisés, avec pour finalité de diaboliser l'Institution monarchique, de fragiliser son socle, et d'installer dans les esprits l'image d'un Maroc condamné à l'échec.
La vérité historique
Or, la vérité est tout autre. Oui, notre histoire est complexe, marquée d'erreurs, de fautes parfois tragiques. Oui, le régime, comme l'opposition, ont chacun leurs responsabilités. Mais réduire cette histoire à une caricature, faire porter à un homme, à une dynastie, le poids de siècles d'humiliations, de résistances, de luttes et de reconstructions, c'est occulter le mouvement profond qui, malgré tout, a porté le Maroc jusqu'à aujourd'hui.
Mon témoignage n'est pas une plaidoirie ni une apologie. Il est une invitation : à regarder notre passé sans complaisance, mais sans haine ; à reconnaître nos fautes, mais aussi nos acquis ; à oser une autocritique lucide, sans céder à la facilité du dénigrement systématique.
L'écriture comme résistance
J'écris donc pour dire que la vérité n'est pas toujours là où crient les plus forts. J'écris pour dire que le Maroc, malgré ses blessures, n'est pas voué à l'archaïsme et au désordre. J'écris parce que ma mémoire, humble fragment de l'histoire de ce pays, doit trouver sa place dans le récit plus vaste de notre peuple.
Écrire aujourd'hui, c'est résister à l'oubli, mais aussi aux travestissements. C'est affirmer que la dignité d'une nation se construit autant par la franchise de ses témoins que par la vision de ses bâtisseurs. C'est offrir à ceux qui viendront — nos enfants, leurs enfants — non pas des certitudes figées, mais des éclats de vérité vécue, pour qu'ils comprennent, à leur tour, d'où nous venons et pourquoi nous continuons à avancer.
Rachid Fekkak
Ancien Prisonnier Politique
الفاتحة: دواعي كتابة السيرة الذاتية اليوم
إن كتابة السيرة الذاتية ليست مجرّد تمرين شخصي في استعادة الذكريات. إنها قبل كل شيء محاولة لإدراج المسار الفردي في سياق الذاكرة الجماعية
ليست غايتي من هذا العمل تغذية الحنين ولا تصفية الحسابات، بل المساهمة المتواضعة ولكن الثابتة في نقاش وطني حول ما عشناه وما نعيشه اليوم. فالتحديات التي واجهتنا بالأمس لا تزال قائمة اليوم، وإن بأشكال جديدة لا تقل خطورة وفتكًا:
- استشراء الفساد والانتهازية وتآكل قيم الشفافية والاستقامة
- تعثّر بناء الدولة الاجتماعية القادرة على تحقيق العدالة والإنصاف والنجاعة
- توظيف الأيديولوجيا والإعلام والمصالح الجيوسياسية من قبل قوى خارجية هدفها إضعاف المغرب وزرع الشك في قدرته على النهوض
وفي هذا السياق، يجب التذكير بأن جريدة "لوموند" الفرنسية ليست جديدة على هذا النهج، فهي دأبت على نشر مقالات ظاهرها التحليل وموضوعيتها مشكوك فيها، وباطنها مشروع ماكر يروم النيل من شرعية المؤسسة الملكية وزرع البلبلة في الرأي العام، وتكريس صورة بلد هشّ لا يقوى على النهوض
شهادتي هذه تهدف إلى كسر هذه الدائرة المغلقة، وإلى إظهار أن المغرب، رغم الجراح والأخطاء وحتى الخطايا، بلد ينهض ويصمد ويواصل مسيرته. وهو واجب على كل واحد منّا — فاعلًا كان أم شاهدًا أم مواطنًا — أن يقول الحقيقة كما عاشها، بصدق ومسؤولية، حتى تكون الذاكرة وسيلة للبصيرة لا وقودًا للأحقاد.
رشيد فكاك
معتقل سياسي سابق